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15 Mar

Dans l’Athanor de la matière, la merveilleuse magie du sel

Publié par Jean-Loup de Sauverzac  - Catégories :  #TEXTES SUR LE SEL

 

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Le visible ouvre sur l'invisible.  Anaxagore de Clazomènes

 

Dans l’Athanor de la matière, chaque forme émergée du chaos se souvenant de sa naissance s’interroge sur ses devenirs et rêve à d’autres transmutations. Car la matière est vivante, et toutes ses formes sont les éphémères instantanés d’une tension, d’un mouvement perpétuel de la nature animé par le souffle de l’Anima Mundi. Ces formes, d’apparences ordinaires et inertes, offrent à celui qui sait les regarder la révélation de leurs visages énigmatiques, de leurs danses oniriques, de leurs mystérieuses écritures. J’avais gardé de mon premier périple autour de la Mer Morte une fascination pour ces écritures énigmatiques recuites au feux du ciel laissées par l’eau et le vent dans les drapés des champs de sel.

 

L'eau gorgée de sel de la Mer Morte, des marais salants, est magicienne... D’une vague irisée de sel, de quelques frémissements de ses doigts lumineux aux fluides lenteurs elle vous transforme un bon gros rocher pensif et lourdaud en coffre à trésors aux chatoiements abstraits, d’un éboulis de pierres elle vous fait une cathédrale engloutie, d’une ribambelle de cailloux une fresque d’opales aux reflets changeants. Sur les sols arides aux ocres mille fois brûlés, sur les nappes de glaise aux couleurs de cendre, cent fois lissées par les paludiers, elle s’alanguit en nappes d’écumes chatoyantes, s’épuise dans sa délivrance et s’évapore confiant au sel qu’elle a porté en elle l’empreinte de son âme …Animula, vagula, blandula.

 

Dans les champs de sel, j’ai entendu les chants, les cantates du sel, j’ai tenté de déchiffrer écritures et signes, suivi les traces des pieds nus des petits ramasseurs de sel. De l’aube au crépuscule j’ai scruté ces formes en apparence informes mais qui fugacement révélaient leurs secrètes correspondances sous l’incessant travail de l’eau, de la lumière et du vent.  

 

Et puis, ces vers de Saint John Perse me revinrent en mémoire : Au bruit des grandes eaux en marche sur la terre, tout le sel de la terre tressaille dans les songes 

Lors, des myriades de visions fourmillèrent dans mon esprit. Elles se déroulaient en dansant apparaissaient, disparaissaient, dans un ballet magique…Depuis, dans ma quête artistique je m’évertue à tenter de les saisir dans leurs secrètes beautés, de les accoucher de leurs désirs de transcendance en hommage aux jardins d’Eden perdus et par fragments retrouvés.

 

Lorsque qu’une vision me sollicite et me touche elle provoque en moi des résonances intérieures et d’étranges mydriases. Je la vois s’agrandir, se libérer du cadre de mon regard et de son environnement. Elle flotte dans l’espace pour devenir fenêtre ouverte à 180 °, invitation au voyage. Par elle je m’évade de la prison de mon ego, elle s’empare de mon « moi », je deviens « elle », et je retourne dans cet indicible antérieur me fondre en ces paysages infinis de l’Ame du Monde. 

 

C'est un périple, une quête en forme de pèlerinage aux sources que je propose à vos regards. C’est une transposition de mes émotions dans un carnet de voyage kaléidoscopique où ces visions se nourrissent et s’enrichissent réciproquement de nos regards, du vôtre et du mien. Cette mosaïque de correspondances visuelles tente de révéler une « troisième dimension », celle de la Nature universelle, dans les métamorphoses de sa beauté cachée. 

Jean-Loup de Sauverzac

 

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